Journal Le Droit - Poissons heureux, salade verte: l’aquaponie, une nouvelle recette!

par Emilie Pelletier - 19 Juin 2019

 

La symbiose, c’est lorsque deux éléments biologiques s’associent et profitent l’un de l’autre pour rester en vie

C’est exactement cette symbiose que l’on retrouve dans la serre de Frédérick Miner. Sa jeune entreprise, Miner Aqua Green Foods (MAG Foods), située à Curran, dans l’Est ontarien, est l’hôte d’une pratique agricole innovatrice: l’aquaponie. 

Il s’agit d’un juste mélange entre l’hydroponie, soit la culture hors-sol par l’eau, et l’aquaculture, qui désigne les activités de production animale ou végétale en milieu aquatique. L’aquaponie regroupe la culture de plantes et de poissons dans un système fermé.

En d’autres mots, les déjections des poissons et l’eau provenant de l’aquarium font grandir les plantes, et les plantes permettent aux poissons de s’alimenter et de rester en santé. Ensemble, lorsqu’ils sont bien contrôlés, ils deviennent interdépendants, en symbiose.

Il y a un peu plus de deux ans, Frédérick Miner et sa femme, Guylaine, ont déménagé à la campagne, à une cinquantaine de kilomètres à l’ouest d’Ottawa. Avec l’appui de leur fille Kassandra, le couple s’est lancé tête première dans ce nouveau projet.

Tout ce qu’il sait à propos de l’aquaponie, Frédérick, qui était alors sans emploi, l’a appris grâce à des formations en ligne. « On est parti de zéro. À part de faire pousser des légumes dans la terre, je ne connaissais rien de ce procédé », admet-il.

Aujourd'hui, les Miner sont des pionniers dans le domaine. Dans l’Est du Canada, ils sont les premiers à utiliser cette technique.

C’est pourquoi leur premier défi a été de surmonter les enjeux liés au climat nord-américain. La plupart des informations concernant l’aquaponie provenait des États-Unis et de pays aux climats plus tempérés, comme l’Australie.

Disponibles depuis quelques mois sur le marché, les légumes de MAG Foods poussent en grande quantité et les poissons sont en pleine santé.

De véritables super-héros à nageoires

Frédérick Miner le dit et le répète, « les poissons, ce sont les héros de notre système, c’est le coeur de tout ça ».

Habituellement non enclins à se reproduire en captivité en raison du stress, les tilapias du Nil des Miner vivent pour leur part dans un environnement si bien entretenu qu’ils n’ont pas de problème à faire des petits.

Frédérick Miner, copropriétaire de Miner Aqua Green Foods

Courtoisie

Ce procédé agricole ne permet d’ailleurs pas d’inclure des pesticides ou des produits chimiques, puisque cela nuirait à la vie des poissons. Ces derniers se nourrissent environ à 40% de verdure, puis de nutriments biologiques approuvés par les instances gouvernementales.

« En fait, notre travail est simplement d’agir comme Mère Nature. On s’assure que la température est bonne, de même que les minéraux, et le reste se fait par lui-même », fait savoir Kassandra.

Si l’aquaponie est un procédé si efficace, pourquoi n’est-il pas plus connu et pratiqué? « Je pense que c’est tellement nouveau, et les gens pensent que c’est tellement plus compliqué, alors que ce ne l’est pas vraiment. Les gens n’ont pas assez d’information. On essaie de les éduquer », remarque la jeune femme.

En parlant d’éducation, les Miner viennent tout juste de s’associer au programme d’agriculture du collège La Cité. Un cours d’introduction à l’aquaponie sera créé dès septembre prochain, et la serre de MAG Foods servira de terrain d’observation pour les étudiants. « Si on peut éduquer ces gens-là, eux vont pouvoir éduquer les personnes qui sont encore prises dans l’agriculture traditionnelle. Et si quelqu’un est intéressé à l’aquaponie, nous, on pourrait les prendre en stage coop. »

À long terme, les Miner espèrent fermement pouvoir générer de nouveaux emplois dans la région. « C’est un de nos buts premiers », affirme Kassandra Miner.

Les produits de MAG Foods sont vendus sur place, dans un marché de Hawkesbury ainsi que par l'entremise de la ferme de l’est ontarien, Mariposa, qui distribue les légumes à des restaurants haut de gamme d'Ottawa.

La famille Miner assure que de nombreuses idées concernant de nouveaux partenariats devraient se concrétiser très bientôt

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